jeudi 30 septembre 2010

« Gauiller » en Basse-Corrèze

Brive-la-Gaillarde, le 25 septembre 2010.

Je suis venu embrasser le labyrinthe de mes collines, les bois et l’eau, et personne n’a été dupe parmi mes compagnons de voyage que j’avais l’échine qui tremblait ce matin devant la métamorphose de la couleur des pierres sur ces plats et versants transitoires avec un ciel pensif par-dessus. Le sentiment géographique, c’est le paysage incrusté dans la chair. Dans les tout derniers kilomètres avant notre arrivée, tout juste troqué le calcaire blanc pour le grès rouge, voici qu’éclatait devant nous une poche de schiste foncé puis que se signalait une longue langue de granit râpeux dont la fin se cachait sous les fougères.

Toute cette géologie vit aux lisières, rien d’elle ne tombe dans la cuvette de Brive, cette antichambre de l’Aquitaine, la grande plaine blonde et prometteuse. La noire et rude Auvergne est dans son dos, lâchant sur elle la Corrèze, « la rivière qui court ». Sur la carte des sols, son enclave de grès clair est signalée par une forme en amande. Ainsi, Brive (Briva, « le pont » des Celtes) repose sur un tapis sablonneux, un grès gris vert et friable justement appelé le « brasier ». Celui-ci fait aux pieds des maisons une poussière imperceptible qui collait aux semelles de crêpe de nos chaussures André, et je me souviens que celles-ci motivaient une allitération publicitaire répétée à l’envi par la radio : « André, le chausseur sachant chausser » ; effet d’autant plus aisé à admettre que nous étions au temps scolaire du racinien « pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ».

J’ai donc navigué avec mes amis catalans dans le labyrinthe, à cette heure d’automne où apparaissent les premiers cèpes et, cachés dans les zones de pinèdes, les premiers lactaires délicieux, que l’on nommait à l’époque...« les catalans » pour une raison restée mystérieuse. Les chercheurs les écrasaient d’un coup de tatane, ignorants qu’ils étaient alors des sucs francs et directs de cette espèce que la braise, l’huile d’olive et l’ail relèvent avec justesse. Je crois bien que chacun de mes compagnons (Núria, Mercè, Àlex, Joan : quatre prénoms bien de leur Sud à eux) s’est rendu compte au fil des heures combien le ruban des routes glissé dans les interstices de Collonges, Meyssac, Noailhac, Curemonte et Turenne, tourne, contourne, paraît se détourner mais retourne, au point de laisser envisager que bientôt nous nous croiserons nous-mêmes à l’un des cent petits carrefours interrompant les ronces et les ruisselets.

À ce point du petit film de la rencontre de mes amis avec mon biotope, me croira-t-on si j’indique que le 6 juin 1954, à la sortie de l’école Louis-Pons, vers 17 heures, j’étais monté à flanc de cuvette jusque dans les grands prés de Chèvrecujols, au-dessus de Saint-Antoine, afin de m’amuser avec les têtards ? Je n’ai rien dit ce matin, pourtant nous passions à leur hauteur. Je n’ai rien dit parce que je voulais retrouver leur emplacement précis, ce que le brouillard de la mémoire et des maisons nouvelles s’étaient chargés de confondre. En ce temps-là, je « gauillais », nous « gauillions », (drôle de verbe dont la variation bourbonnaise est « gouiller »), ai-je décliné avant d’expliquer l’inexplicable du verbe, c’est-à-dire la sensation de l’eau pénétrant d’abord la chaussure, traversant ensuite la chaussette de laine soudain plus présente, refroidissant enfin le pied. Au retour, les jambes pesaient plus lourd, et chacun se préparait à la protestation des mères musclée par la crainte des rhumes.

Il n’y a pas de doute à avoir à faire visiter à un ami des terres arrimées à la conscience d’être. C’est une conversation confiante avec un compagnon de plus dans la perspective. On ne se sent pas dans la peau d’un agent de l’Office de Tourisme, mais dans celle de qui peut confesser tel arbre, telle grille, tel numéro de rue, tel visage au marché. C’est un avantage savoureux, net et explicite. Depuis hier, nous marchons, nous roulons, et tout à leur disposition d’aimer, je comprends que mes compagnons me comblent de considérer la beauté de mes collines comme de ma cuvette pour ce qu’elles sont et pour ce qu’elles m’importent. Le cadeau est mutuel comme au moment d’échanger une liqueur Denoix pour une moutarde Violette.

Demain, nous partons pour Martel et sa lumière blanche tellement du Lot. La ville est prodigieusement belle, mais ce n’est plus chez moi bien que c’en soit si près. Les vibrations de ces deux jours emprunteront un autre cours, d’ailleurs on aura changé de rivière, je ne prendrai plus mes amis par le coeur mais par la main jusqu’à la halle. On est d’où est naît sans qu’on n’y puisse rien, et on perdrait à perdre le sentiment du sol. Ainsi, Brive m’a été accordé à ma toute première heure, et je suis heureux de venir voir les vivants et les morts, les clartés et les pénombres. Je pourrais me promettre de « gauiller » la prochaine fois. Mais bon !, les chaussettes ne sont plus de la même laine et sans la protestation de Maman...

À bientôt.

mardi 14 septembre 2010

Vas-y Coppi!


Sambuco, le 2 septembre 2010.

Bonjour,

Je pourrais vous parler saveurs, de l’antipasti et donc de la cuisson « al dente », ainsi que de l’agneau grillé servis à l’Osteria della Pace à Sambuco, mais après tout, vous n’avez qu’à franchir un jour le col de Larche et descendre la Valle di Stura jusqu’au village gardé par la cathédrale de pierre du Bersaio. Vous ne le regretterez pas. Une autre adresse recommandable est située dans la même ruelle, Via Umberto I, qui se perd derrière le Municipio paré de deux drapeaux, l’un italien l’autre occitan, signalant les très officielles vallées occitanes transalpines. Ainsi, Sambuco se nomme également Sambuc dans les registres. Mais allons à l’autre adresse recommandable ! On y butine son ravitaillement. C’est l’épicerie unique pour les 82 habitants. Une dame menue et supérieurement affable propose, au milieu des balais-brosses, charcuteries, fromages, cartes de l’Occitanie et cartes postales, ce à quoi on s’attend le plus derrière le pointillé de la frontière : le « classiche spaghettini » de chez Agnesi, et la polenta Fioretto, « la buona polenta cuneese », au paquet d’un kilo et d’un jaune bouton d’or qu’enrichit, flambante, la mention « no OGM ». Le temps compté m’empêche de descendre jusqu’à Cuneo où le chef de gare était, il y a encore trois ans, Gianmaria Testa, voix internationale pour coin du feu des sentiments ; voix lente « da questa parte del mundo », le Piémont aux automnes noirs de pluie et blancs de brume, aux hivers de neiges grises quand on atteint les plaines. En été, le soleil a beau tout essayer pour gagner les recoins de la Valle di Stura, des zones lui sont refusées net, marquées par des poches de sapins sombres et par des petits ravins aux ruisselets invisibles.

Un pas hors d’auberge, je me suis assis sur un banc de bois verni accordé à une comporte ancienne employée au décor. L’émoi que venaient d’éprouver mes papilles gustatives s’est estompé sous les géraniums rouges. Le désir de sieste a fondu dans un café vrai de vrai, sans Clooney dans la tasse, et mon âme a changé complètement de sujet. Aussi éloigné de vous que je me trouve, je vous adresse la requête qui m’est alors venue. Elle est en relation étroite avec ce qui m’a fait m’arrêter de frais ce matin en changeant de versant et en provenance de Barcelonnette.

Je vous en prie, trouvez pour moi quelque figurine en plomb de coureur cycliste ! Rien que ça ? Oui, rien que ça ! Jusqu’à présent, j’ai échoué dans ma recherche. Ou bien ces figurines ont disparu des magasins de jouets comme des étals des brocantes ou bien je manque de flair pour dénicher les amusettes. Au printemps, à Paris, avançant en direction de la Bastille par l’avenue Daumesnil, j’avais poussé la porte d’une boutique proposant des soldats de plomb. À peine avais-je formulé ma demande que je retournai au trottoir, chassé par la réponse d’un homme seulement perméable à son commerce : « Monsieur, vous croyez qu’on s’amuse à faire ça ici ? » Comme si un soldat de l’Empereur ou de la 2ème Division Blindée de Leclerc valait davantage qu’un Fausto Coppi ou un Louison Bobet. Vraiment ! Dénichez pour moi un de ces santons de la Vélocipédie qu’à huit ans nous poussions dans le sable en spéculant sur le champion du Tour et sur le « campionissimo » du Giro. « Vas-y Bobet ! », « Vas-y Coppi ! ». Je lui ferai le même lit de sable sur la tablette parallèle au bureau. Car...

Nous avions donc franchi ce matin le col de Larche. Aux premières maisons, nous avions entendu des sons différents pour désigner les choses. Ainsi, le lac ouvert au sommet était devenu « il lago », l’eau « l’acqua », la terre « la terra », et le ciel « il cielo ». Les sons nouveaux s’agitaient comme les clochettes de Papageno, « les voyelles rallongées retardaient la fin des syllabes ». La diversité des langues est musiques en si rebondissant sur musiques en la, un frou-frou, une soie. J’avais atteint le comble en lisant ceci dans la descente, dans une épingle à cheveux, sur un panneau tout à la gloire de Coppi, apposé contre un mur de soutènement dressé au-dessus du bitume : « Un uomo solo al comando, la sua maglia è bianco-celeste, il suo nome è Fausto Coppi » (« Un homme seul aux commandes, son maillot est blanc et bleu, son nom est Fausto Coppi »). C’est ainsi que s’était exprimé le chroniqueur sportif Mario Ferretti pendant l’étape de légende Cuneo-Pinerolo dans le Giro de 1949, et cette phrase radiophonique est restée dans l’oreille collective des Italiens. Je l’ai lue à voix haute pour mon plaisir et pour celui des gentianes, à l’endroit même où Coppi s’était échappé un 10 juin sous de grands nuages, et remportant du même coup le Giro. La rampe du col de la Maddalena qui devient col de Larche en changeant de pays est terrible. Dans la zone où Coppi déclencha son attaque célèbre, on a une perspective quasiment verticale sur une douzaine de virages. Éperonnée par l’acuité du sentiment géographique sans lequel il n’est pas d’épopée notamment, ma mémoire a sauté immédiatement dans le train de L’Équipe et dans ces quelques phrases d’un reportage mien : « (...) Wassberg, iceberg tranchant. Dans les bouleaux d’Oslo, Tomas Wassberg est seul aux commandes, le bonnet de guingois. Il coupe les secondes dans la forêt du Temps comme un Samson arracherait des arbres. Avec un nom pareil, l’eau et la montagne en un, voilà un bûcheron ailé de longs bras fins que les trolls accompagnent vers la médaille d’or du cinquante kilomètres des championnats du monde. » Posté dans le virage anthologique, j’avais relu une dernière fois la phrase de Ferretti et je m’étais promis de revenir au très beau livre (grande prose à rendre pâle Antoine Blondin) de Dino Buzzati, l’auteur du Désert des tartares, sur le Giro de 1949, où il évoque le fait d’armes de Coppi ainsi que, je m’en souviens, « l’enchantement revêche » de son rival Bartali.

Je voulais voir et j’ai vu le lieu où. Je vais quitter bientôt Sambuco-Sambuc et saluer à nouveau le panneau. Mon petit-neveu Martí, né il y a vingt jours, doit toujours téter le sein de sa maman. Vas-y Martí ! Moi je suis en train de téter le lait des cyclistes en plomb. Vas-y Coppi !

À bientôt.

lundi 16 août 2010

Le toro, le baudet et la truffe

Barcelone, dimanche 15 août 2010
Bonjour,

Tout à l’heure les eucalyptus pleuraient au-dessus de moi de toutes leurs branches, la mer scintillait, et moi j’effectuais des pompes quand un chien m’a mis la truffe sur le nez. Pris de trouille de par l’irruption inattendue de la truffe humide, j’ai engueulé la propriétaire. La jeune femme en pantalon qu’on dit, je crois un sarouel, vous savez de ceux qui semblent avoir dix couches de Pampers à l’entrejambe, m’a traité de vieux con. Soit. Son compagnon, un Latino, a dit « partons ! » et, méditant l’incident tout en observant, à genoux dans l’herbe, la jeune femme, je me suis exercé à la recherche de son sociostyle. Ça détend ! Je lui ai trouvé aussitôt des airs de pacifiste baba cool à jambes velues meublée Ikea. Quand ce jugement m’a semblé définitivement pertinent, j’ai imaginé à tort ou à raison qu’elle sortait de la petite armée antitaurine qui a obtenu, il y a quelques semaines, l’interdiction des corridas en Catalogne.

Dans un pays, pardon !, une Communauté Autonome, où le « il est interdit d’interdire » demeure un des vecteurs premiers de la panoplie démocratique établie après la dictature, l’affaire, de ce seul point de vue, ne manque pas de sel. Soumis à mon propre questionnement, je dois avouer que cette interdiction ne me fait ni chaud ni froid. Il y a quelques jours, j’ai vu à la télévision un torero se faire percer une cuisse de part en part par la corne d’un taureau dans l’arène de Las Ventas à Madrid. La scène m’a laissé insensible alors que je frissonne systématiquement en regardant un motocycliste chuter et faire des cabrioles dans un Grand Prix. Mais voyez comme on est ! Lorsque j’ai visité l’Aquarium, je n’ai pas supporté le spectacle d’une cinquantaine de pingouins de Humboldt allant et retournant complètement dingos dans quelques mètres cubes de flotte. Si une plate-forme anti-zoos se constituait, je donnerais ma signature immédiatement, au nom de mes amis pingouins et aussi du spectacle de ces ours blancs qu’on voit hagards dans leur 200 mètres carrés de roches.

Le lendemain de l’interdiction, mon ami Pierre Daix, l’un des principaux biographes de Picasso, m’avait envoyé ce mot : « (...) Je suis triste pour les corridas. Picasso serait furieux (...) » Le même jour, mon ami et voisin Josep Maria, Catalan et fan de corridas, avait tranché : « C’est des cons et des démagogues. » Rosa Gil, la propriétaire du Casa Leopoldo, que je ne fréquente plus depuis qu’elle ne sert plus le déjeuner à dix euros « à régler en liquide », a déclaré à la télévision qu’il ne reste plus qu’à envisager l’exil ! Combien de fois m’avait-elle eu proclamée sa passion pour la corrida alors que je dégustai son merveilleux « cap i pota », un mélange de tête et de pieds de veau sur un lit de haricots blancs. Rosa est une voix autorisée : elle est la veuve du Portugais José Falcón, le dernier torero mort à La Monumental de Barcelone, en 1974, sous les cornes d’une bestiasse de 500 kilos baptisée Cucharero.

L’écho le plus le plus instantané m’est parvenu d’un excellent ami français par la voie d’internet : « Ils l'ont fait! mais pourquoi interdire quelque chose qui était en train de mourir tout seul tranquillement? le nationalisme régional est comme tous les intégrismes, une c... » En clair, encore un coup des indépendantistes. J’y ai repensé tout à l’heure sous mon eucalyptus après avoir repris ma petite séance de pompes. Que puis-je dire là-dessus ?

Lorsque je travaillais comme consultant pour l’une des principales entreprises nationales françaises, et dans un contexte où « l’éloge de la complexité » était de mode dans l’appréhension des modes d’analyse du monde entrepreneurial, un vieux de la vieille m’avait appris à exposer la différence entre « le complexe » et le « compliqué » avant de faire travailler les clients. Le complexe, c’est un tableau de bord d’un Boeing 747, et le compliqué, c’est un plat de spaghettis. La maîtrise d’un tableau de bord de Boeing 747 répond à des critères rationnels, celle d’un plat de spaghettis répond à des critères irrationnels.

Comment ne pas aborder cette affaire comme on aborde un plat de spaghettis ! J’avance ma fourchette et on verra bien si je ne vais pas me tacher : 1. La corrida est en train de mourir de sa belle mort ; 2. La société accélère le mouvement et se met à l’ordre du jour d’une époque où l’on est passé « de l’Histoire avec un grand H à la Nature avec un grand N » (Régis Debray) ; 3. Tous les sondages réalisés dans l’ensemble de l’Espagne donnent la majorité à l’abolition, soit dit en passant déjà appliquée, sans qu’on en parle, depuis 1991 dans la Communauté Autonome des Canaries à l’initiative d’un député du... Parti Populaire (droite), compliqué n’est-ce pas ! ; 4. Les abolitionnistes estiment, comme Michel Onfray (il a aussi parlé de ce sujet), que le degré de civilisation d’une société se mesure à la façon dont elle traite les animaux ; 5. Les abolitionnistes catalans se sont servis de la procédure démocratique de « la iniciativa legislativa popular » et ils ont rassemblé assez de signatures (180 000) pour demander au Parlement de se prononcer ; 6. À compter du moment où le sujet entre dans un Parlement, il devient forcément politique ; 7. La victoire du « oui » n’est pas exactement une victoire des nationalistes, par exemple le principal parti nationaliste Convergència i Unió (CIU), droite, avait laissé la liberté de vote à ses députés.

Ce que j’en conclus : l’interdiction de la corrida est le fruit de la rencontre entre une demande sociale forte et une démonstration de force identitaire pas forcément séparatiste, même si l’idée de l’indépendance croît au sein de la population catalane tout en restant minoritaire, en raison de la mise en cause par Madrid du Statut d’Autonomie pourtant voté par le Parlement espagnol ! Ce n’est là qu’un des signes du “déficit démocratique” dont pâtit l’Espagne. On ne peut oublier de signaler cet autre paramètre : malheureusement pour eux, la corrida (qui me laisse insensible) et le flamenco (que j’aime) ont été folklorisés par le franquisme pour les besoins touristiques des années soixante et il en reste évidemment des traces dans les esprits. Pour s’exciter et exciter, les nationalistes espagnols brandissent à tout va le drapeau espagnol avec un taureau en surimpression. Il y a quelques années, la réponse de jeunes Catalans avait été de symboliser leur nation par un baudet [la Galice si celtique dans ses paysages avait choisi une vache], et la pratique continue. Soit dit en passant, il est amusant de voir des voitures françaises arborer tout à la fois le taureau et le baudet sur leur carrosserie : des qui veulent être bien avec tout le monde ?, ou bien des gogos ? Cela me rappelle un livre au vinaigre publié en France dans les années soixante-dix :
La paella des gogos.

Amis d’opinions marquées, on peut toujours essayer de passer un coup de balai jacobin sur tout ça, d’ailleurs le Parti Populaire et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol s’y emploient sur place, mais bon courage ! Le sentiment national reçoit l’aide des siècles, on appelle ça l’Histoire. Dans le tome 1 des
Mémoires de guerre, on trouve cette phrase célèbre du général de Gaulle : « Vers l’Orient compliqué je volais avec des idées simples. » J’avais repris la formule dans mon livre Le puzzle catalan, la nation fiévreuse. Je vous le recommande en toute modestie pour comprendre un peu mieux un territoire à nos portes marqué par un prégnant catalanisme sentimental qui peine à trouver une traduction sûre dans le catalanisme partidaire, divisé, fragmenté, sans Projet de Pays comme on le dirait, avec des majuscules, d’un Projet d’Entreprise, donc sans souffle unificateur. Je suis arrivé en Catalogne avec des idées simples, désormais je cohabite avec le compliqué et avec des jugements moins directs que celui sur la jeune femme au chien.

Voilà où m’a porté la méditation sous l’eucalyptus à cause de la truffe d’un chien et d’une jeune femme qui m’a traité de vieux con. Diantre, ce n’est pas une carte postale, c’est un parchemin. On sait avec Jacques Brel que “les taureaux s’ennuient le dimanche quand il s’agit de courir pour nous” et que la corrida “c’est l’heure où les épiciers se prennent pour Garcia Lorca”. Sur cette belle formule, Ite missa est!

À la prochaine.

Post-scriptum: le dialogue entre le taureau et le baudet se passe de traduction.

vendredi 30 juillet 2010

Good morning Badalona

Barcelone, le mercredi 21 juillet 2010.
Bonjour, Je ne me lasse pas de Badalona. J’en reviens à l’instant comme on retourne d’une pêche dans une faille de la Costa brava : le panier plein. Il était un peu moins de huit heures quand je franchissais le Besòs, attention ce n’est pas le Rio Grande, afin de suivre le chemin côtier tortueux, attention ce n’est pas le Paris-Dakar. La mer prolongeait sa paresse nocturne, elle était infiniment plate, et sur la nappe débarrassée de bateaux, ni mouette qui s’envole ni liseré d’écume qui liche le sable. Je roulais sur la mémoire des usines abandonnées, le long des joues sales et graffitées des friches industrielles.
Quand, vers dix heures, l’orchestre solaire toucha le point d’orgue à grands coups de cymbales, l’eau, comme envahie par un Woodstock de sardines, scintillait en un milliard d’éclats. Tout le beau, rien que le beau s’exhibait et venait à ma rencontre. C’était à faire des claquettes avec mon vélo tout terrain sur le chemin maintenant élargi. Curieusement, il n’y avait encore à peu près personne sous et sur le Pont du Pétrole. Au bout de la jetée, la pêche est interdite. Je prenais le temps d’observer les bars malins effectuant des soli à la manière des dauphins du zoo. À trente mètres, une méduse sans son Poseidon battait des mesures alanguies et, sans le savoir, trois kayaks jaunes traçaient droit vers elle, impeccablement tenus par la technique de pagaie des trois navigateurs sous bob. Un « si que s’està bé » (« qu’est-ce qu’on est bien ! ») sonore fractura le silence assourdissant et je me joignis à cet aveu tout en cherchant à inventer un autre oxymore qui serait la version diurne de celui-ci que je venais d’apprendre, « l’obscure clarté tombée des étoiles ». Il n’y avait rien à saisir, et même rien à imaginer sauf peut-être de nager en rond dans la mer opaline. Je veux dire que pris dans le filet de la sérénité aigue entre ciel et mer, on ne pouvait même pas faire semblant de rêver ou de proférer des sentences sur des ce qui aurait pu être. Ce n’est pas que je me voyais en flâneur ahuri, non, mais je m’éprouvais en état de nue non-violence face à l’immensité sans rive.
Je me retournais, et Badalona alors s’offrait. Je ne lui pas encore percé le coeur, mais je nous sais en voie de compagnonnage. C’est une ville insistante à sept kilomètres de chez moi. Insistante, parce qu’elle est composée du récit ouvrier et de la synthèse entre la mantille de l’Andalouse et le bonnet phrygien du Catalan. Insistante parce qu’aux encorbellements des maisons bourgeoises de la Promenade répond un bric à brac de banlieue du Caire à hauteur de la plage du Cristall. Insistante, parce qu’elle est, en raison de tout cela, littéraire, avec une accentuation dans l’impasse de Banyoles, chicane serrée dans des murs blancs sur l’un desquels un invité a abandonné à la rage et à la peinture noire : « Regarde-toi, regarde-moi, le ciel est ma limite ».
À dix heures quarante-quatre comme déjà à dix heures trente-trois, l’Univers continuait de lustrer le Pont du Pétrole qui a perdu son ancienne raison de quai de raffinerie. J’étais en train de penser que ma petite errance était bien employée quand, au sortir du pont, ce que j’avais senti à l’aller revint à mes narines. L’effluve anisée de l’usine de l’Anis del Mono. Côté mer, il n’y a rien d’autre à voir qu’un haut mur jaune avec la reproduction de l’étiquette de nature darwinienne répandue dans le monde hispanique. Le nez est fait aussi pour voir, entendre et se souvenir, et c’est à d’autres paresses dans le luxe anisé de ce jour cru et emparé de canicule que je m’employais alors. Paresses insistantes du présent et du fond de l’âge. Le mur de la fabrique suait son parfum. J’avais fermé les yeux et je laissais entrer la Maria de notre rue Montaigne, toute de noir, sèche, osseuse, femme des faubourgs de Madrid. Elle marchait jusqu’à la roche esseulée où je m’étais assis, l’orange qu’elle tenait se laissa rouler jusqu’à la porte de mon léger assoupissement. Toc. Je me réveillais. J’enfourchais le vélo et j’entrais dans Badalona à la recherche d’anciennes Maria de Cordoue et de Grenade mariées à des bonnets phrygiens.
À bientôt.

jeudi 22 juillet 2010

Les potagers de Pégairolles


Barcelone, le mardi 20 juillet 2010.

Bonjour,
Comment attraper avec deux doigts un pépin de pastèque ? Bien entendu, le problème ne se poserait pas au sommet du Mézenc. En revanche, soumis à la touffeur de Barcelone devant ma petite assiette... Je reviens de France. J’ai quitté de si bon matin Lissac que c’est seulement à hauteur du viaduc de Garabit que le soleil a soulevé le paysage en un « tout compris » : prés, forêts, rivières et fermes longues. Plus au Sud, quand le Larzac juste se brise avant le Languedoc, je suis entré dans Pégairolles-de-L’Escalette qu’on ne voit pas de l’autoroute. De même que Victor Hugo a pu écrire que « Londres c’est de l’ennui bâti », je trouve que Pégairolles c’est de l’harmonie érigée.
Comme à l’accoutumée, le calcaire des maisons y était très intense, d’où des ombres au teint pâle dans la rue principale. Avec tant de chauffé à blanc, la paresse des chats s’étalait autour du monument aux morts, et c’est par un chemin étroit, couloir dérobé entre deux murs de clôture dans l’angle de la placette, que j’ai atteint l’objectif assigné la veille par mes hôtes de Lissac : des potagers comme on n’en trouve que dans la France de la lenteur, celle des quelques terres encore sans pesticides.
Je n’ai pas de vue à vous proposer. Offrir une image reviendrait à enfermer l’endroit dans une idée fausse. C’est merveille à absorber sur place, déclenchez donc les GPS ! C’est une peinture en mouvement qui se rétrécit puis qui s’agrandit comme un soufflet d’accordéon diatonique. Le regard marche sur un sol souple à force de tant d’eau serrée dans les canaux étroits et s’immisçant dans les berges infimes. De bon matin, je l’ai trouvée pimpante, avec des teintes de dos de truite et de cheveux gris. Ça en jette un jus dans l’esprit, et, à l’évoquer, je deviens gai comme l’oxygène pur de l’alpe où je retournerai glisser en février. « Si vous voulez vivre longtemps, disait Erik Satie, vivez vieux ». Pour cela, il est indispensable de trouver un cadre. Les gens de Pégairolles penchés sur leurs salades et leurs hissées de petits pois paraissent avoir opté pour le précepte du compositeur.
Il s’agit de cela aussi : si je donne une image d’eux, je risque qu’on ne croit qu’à une fonction décorative du penché des silhouettes, des gestes placides et des regards concentrés. Une dame s’est relevée avec, dans les jambes, soixante-dix printemps plutôt que soixante-dix hivers. Elle a sauté une rigole puis une autre avec dans les bras une portée de laitues forcément craquantes. Derrière un rectangle absolument parfait de dahlias, petite forêt de lampions réjouis au-dessus des lignes vertes tracées au cordeau, un homme en bleu a soulevé une des ardoises dirigeant le destin de l’eau. La belle s’en est alors allée mouiller un carré de terre brune ratissée, et, depuis le tout petit pont de pierres enjambant le ruisseau principal, je me suis alors demandé si ce bout de terre sous l’épaule du Larzac se soumet à la juridiction d’un Tribunal des Eaux comme dans la huerta immense de Valence.
En ce moment même, un fou hurle sur la Rambla. Qu’est-ce qu’un fou ? Tout à l’heure, la voisine du dessous a tiré la sonnette comme une malade, j’ai ouvert, sa voix et ses yeux se sont étouffés à la fin d’un strident « vous inondez ma terrasse ! » Il s’est avéré que les tuyaux de mon appartement sont sages. Alors, l'emm.... est repartie libre de ne pas endosser mon mépris. Qu’est-ce que qu’un fou ? Michel Foucault en a fait des pages qu’il me faudra lire sérieusement un jour. Cette question m’éloigne formidablement des jardiniers de Pégairolles. Vous ne pouvez pas les voir sur ma carte prise à une autre saison. Ils sont dans le dos du village. J’aspire maintenant à les observer dans le soir du Massif central qui, là-bas, bascule d’un coup en dessinant des ronds dans le temps.
À bientôt.

mercredi 7 juillet 2010

À puy ouvert


Jeudi 24 juin 2010,

Bonjour,

Comment renouer avec un paysage dont on sortit cabossé ? Je connais cette expérience. Deux voies se proposent : la fraternité des personnes choisies et l’apaisement des courbes immuables. Saint-Maurice est un village du Puy-de-Dôme qui semble appartenir plutôt à un Sud qu’à un Centre. Dans une Auvergne notoirement noire par saturation de grise andésite, ce lieu à flanc se pare de la blondeur de l’arkoze et, par soleil ouvert, il cligne facilement de l’oeil au mitan du jour. Ses maisons s’étalent comme un lierre sur les pentes d’un puy, le Saint-Romain. J’y avais connu une glycine dans un renfoncement. Elle n’a pas changé de place. Je viens de la croiser, plus forte, plus dense, désormais affermie dans son coin d’ombre, et comblée comme jamais de perles de miel mauve.

Ces derniers jours, il a plu férocement. Les cerises ne l’ont pas supporté. Derrière la fenêtre de la chambre fermée par le manteau de pluie, j’ai revisité en mémoire les fins uniques d’automne, quand les labours des champs croûtés par les premiers gels dressaient au pied du puy une composition de « forêts noires » dignes du maître pâtissier de l’Univers. Des semaines auparavant, entre septembre et octobre selon les années, l’air se colorait de vendanges. Il y avait les palabres dans la vigne de Jean, au Couget, face au lointain Sancy bleuté par la brume, tandis qu’Yvette et les autres femmes préparaient une joyeuse débauche de mets. S’ajoutait, et demeure, le goût de lichen des caves que l’art de ses constructeurs maintient à dix degrés constants. N’est plus, mais persiste en filigrane la langue du vieux garde-champêtre, Marcel Ameil, dit « Le Zézé ». Par exemple, son « C’est une après-midi lente comme une semaine » proclamait l’essentiel des étés lourds, à la période des lézards figés contre l’aplomb des murs.

Comme on le constate sur ma carte, le soleil a effectué son retour. Du pré d’Annick et de Pierre à Lissac, appendice du bourg, le puy Saint-Romain ne semble vouloir rien cacher sous son petit chapeau. Pourtant, j’y ai mon secret. Noyé dans des branchages et des ronces, un pied de pivoines à la couleur carmin n’attend que moi année après année. En fin d’après-midi, j’ai gravi la pente, j’ai écarté les branchages et j’ai coupé les quelques ronces. Las, je suis arrivé trop tard, et à la vue du pied écroulé et bruni, il ne restait plus qu’à rebrousser chemin en fredonnant un regret. On devinait en bas les méandres de l’Allier. Il faudrait reporter à une autre date la vision féerique de l’écharpe de brume qui suit la cime de ses arbres de berge en époque humide. « Qu’est-ce que regarder sans penser ? » écrivit Goethe dans un jardin de Padoue, touché par une grâce inexpliquée.

Je poursuis ma route vers le Nord. À bientôt.

mardi 25 mai 2010

Le trèfle à quatre feuilles cerdan

Saillagouse, dimanche 23 mai 2010

Bonjour,

On pousse la porte de Puigcerdà puis celle de Bourg-Madame, et on entre dans un immense salon vert orné d’un azur ceint du blanc de la dernière neige. La Cerdagne française tient en dépôt contre ses murs deux horloges, le Carlit et le Puigmal, sommets à 2900 mètres, et le reste, au-dessus de l’altiplano soumis à une lenteur pénétrante qu’enserre un air épais et cru, est toute une vocation d’étages à paître où l’on embrasse la terre en portant ses lèvres à l’iris des ruisseaux galvanisés par la fonte des neiges.

Je ne sais pas si l’on continue d’apprendre les grandes dates de l’histoire de France dans les écoles, et je ne me souviens plus comment nos instituteurs s’y étaient pris pour tatouer dans nos cerveaux plusieurs d’entre elles, par exemple 1515, la bataille de Marignan, par exemple 1659, le traité des Pyrénées. Comme les heurtoirs battaient les portes dans les cités anciennes, ces quatre derniers chiffres tapent contre la mémoire des Cerdanais et des Catalans dans leur entier. En effet, depuis lors la plaine perchée à plus de mille mètres est divisée en deux : une Cerdagne espagnole et une Cerdagne française que rien ne distingue, mêmes croisements de haies, mêmes herbes, mêmes arbres, mêmes tourbières où l’on « gauille »... [Sachez amis que ce verbe me submerge ; qu’il ressurgit comme le feu du temps où, dans les prés entourant Brive, je « gauillai » - nous « gauillions ») - avec délectation dans les prés humides, au milieu des têtards et de leur avenir de grenouilles ; qu’à cause de tout le suc qu’il dégageait en moi dans mon enfance, j’ai commencé très tôt à m’éprouver comme une sorte de « secrétaire de mes sensations ». « Gauiller » c’est quand le sol ne porte pas et qu’on s’enfonce libre et gai dans la petite boue d’un pré malgré l’engueulade à prévoir d’une maman à la vue des chaussettes mouillées et des doigts de pied brunis, engueulade aussitôt dite aussitôt effacée par la douceur d’une serviette.]

Après une grosse heure de grimpée, le nez dans les chaussures comme quand on regarde fixement sa roue dans la montée d’un col sévère pour ne pas distinguer la difficulté qui va augmenter, est venu le moment, dans le repos d’un replat et de granites éparpillés en cohortes de blocs pointus, de regarder en arrière. J’ai tenté de démêler l’écheveau des chemins vicinaux dans la plaine, en vain. Quant à deviner « la ligne », autrement dit la frontière, échec complet. Il faut avouer, et je vais m’expliquer, que l’affaire est plus compliquée que le plus compliqué des jeux de piste. Fichée au coeur de la Cerdagne française, une enclave espagnole, Llivia, un confetti qui fait la surface de deux arrondissements moyens de Paris, embrouille la lecture de cette partie du périmètre cerdan.

Cet embrouillamini sans interdictions de passage me ravit aujourd’hui car je vois en lui le symptôme d’une frontière apaisée. Autrefois, quand nous passions quelques semaines d’été en Cerdagne, j’interprétai autrement l’affaire. Nous prenions tous les quatre, en gare de Saillagouse, le « train jaune », le tortillard de poupée encore aujourd’hui très prisé des touristes, nous descendions en gare d’Estavar, nous empruntions un chemin poussiéreux jusqu’à une barrière gardée par des membres de la Guardia civil, nous laissions là mon père banni d’Espagne, et nous lui ramenions, l’allégresse pincée, des tourons et des amandes sorties des sacs de jute baillant sur leurs secs chargements dans l’épicerie de l’enclave.

Étouffés par l’hygrométrie ravageuse de leur côte, il est beaucoup de Barcelonais à avoir adopté la Cerdagne pour y boire un air plus clément à deux heures de route de leur résidence principale. Mais il y a bien plus profond pour expliquer cette pérégrination. Pour jauger un espace, il faut aussi faire cas de l’histoire des mentalités. La Cerdagne est le trèfle à quatre feuilles de « l’âge d’or » catalan, ce Moyen âge conquérant du comte de Cerdagne et de ses pairs dont je ne vous dis pas tous les noms car il me sera plus agréable de dégager leurs sonorités lorsque nous nous verrons. L’imaginaire de « la nation sans état » coincée dans l’Espagne actuelle est fécondé par la consistance et l’énergie politiques d’alors, forgées dans les montagnes des comtés et transcendées par le grand savant Ramon Llull, le « docteur illuminé », fondateur de la littérature catalane, condamné par l’Église pour avoir préconisé un partage entre foi et raison. Toutes raisons pour que l’axe Barcelone-Puigcerdà demeure une sorte de voie des origines...

Avec le petit groupe d’amis, nous avons continué de marcher vers l’abondante chevelure de nuages blancs mangeant le front et la nuque de l’azur. La coupole au-dessus de nos têtes adoptait les couleurs des compositions tendres de Nicolas de Staël, vous savez, quand le bleu avance vers le gris, et inversement, tous deux uniment pâles. Nous ne l’atteindrions pas, et même nous laisserions loin devant nous le Carlit, mais nous habitions tranquillement le paysage et cela suffisait.

La tentation du paysage c’est la tentation de la solitude, mais la présence d’adolescents vous écarte inévitablement de cette attraction. Il y avait parmi nous un gaillard fougueux et plein de l’oxygène de ses seize ans. Il y avait une élève du Lycée français, à qui j’enseignai sans que presque je m’aperçusse de ma propre gaieté les paroles curatives du Telefon de Nino Ferrer. Puis, j’ai cherché pour moi les paroles de Brigitte Fontaine dans Lettre à monsieur le chef de gare de La-tour-de-carol. Pardi, nous apercevions les toits du village ! Je ne me suis souvenu que de cette phrase : « Je veux vous dire de faire bien attention en traversant la voie ».

Je vous laisse sur cet avertissement sage. Je ne vous ai raconté ni la moitié de ce que la Cerdagne réunit dans mes pensées ni la moitié de l’effet de frontière sur moi. Mais si je prolongeais, je pourrais vous ennuyer.

À bientôt en tout cas.

Post-scriptum: j'ai une pensée pour une amie qui vient tout juste de disparaître, Catherine Thérouenne, comédienne, metteur en scène. J'avais produit l'une de ses pièces à Paris dans un théâtre de poche des bords de Seine dont j'ai perdu le nom. Elle y jouait du violoncelle.