mardi 18 août 2009

Paris-sur-eaux









Dans le parc André Citroën (en souvenir des usines d'automobiles) sur le quai de Javel (en souvenir de la fabrique d'eau du même nom), les petits Parisiens...

lundi 17 août 2009

Le petit canon du Palais Royal
















On ne vient pas lire dans les jardins du Palais Royal sans penser à Colette. On ne respire pas l'air des grilles aux pointes dorées sans songer à Filles en aiguilles, la dernière création du parfumeur Serge Lutens à la boutique parme. Les roses blanches ruissellent au bord des parterres. À trois pas des colonnes de Buren, un petit canon...
On lit ceci sur une plaque: "1786 - Le sieur Rousseau, horloger au 95 galerie de Beaujolais, indiquait midi aux promeneurs du Palais Royal en tirant le canon installé sur la ligne méridienne de Paris. Une loupe était censée provoquer la mise à feu d'une mèche, les jours de soleil. 1799 - Le petit canon a été déplacé au milieu de ce parterre. Il tonnera jusqu'en 1914. 1990 - Il fonctionne à nouveau, tous les jours à midi, depuis le 13 juillet 1990. Cette légende y était gravée: Horas non numero nisi serenas (Je ne compte que les heures heureuses)."

vendredi 14 août 2009

Vive la mariée



Chers toutes et tous,
Paris continue de sonner juste. Vendredi, le mariage de Pierre et Akiko n'a pas dérogé à ce sentiment d'août que tout exalte ces jours-ci: une halte amicale sur un banc du Luxembourg, un petit aller à Saint-Maur par l'autoroute de l'Est libre comme une artère saine, une conversation de bord de sable au mitan de la nuit des Tuileries en compagnie des statues de Maillol allongées et tournées vers les frises frêles des lumières du Louvre. Mais d'un et cetera j'évite de vous fatiguer avec le reste, et en viens au fait.
On ne saurait dire ce qui l'a emporté de cette journée d'union entamée sous les fresques lourdes de la mairie du 13ème, prolongée place Saint-Georges dans ce qui fut la maison d'Adolphe Thiers (le boucher haïssable de la Commune de 1871) désormais siège d'une fondation, et achevée dans un restaurant japonais, le Oto-Oto, de la petite rue du Sabot tracée de biais dans Saint-Germain-des-Prés.
Le tofu c'est fou, ai-je pensé sous les poutres de l'établissement, à l'heure où l'on déposait devant moi la dixième des délicatesses. Néanmoins, je songeai aussitôt aux cinq heures de conversation formidablement fébrile que j'avais eues dans le temps avec Ferran Adrià, m'oubliant au tout premier échange qu'il fût le meilleur cuisinier au monde pour ne voir devant moi qu'un homme électrisé par l'intelligence de la création, [j'ai écrit alors comme je crus parler avec un peintre], puis à son beau livre qu'il m'avait offert, et dont quelques images se superposaient aux plats qui se succédaient en ce vendredi parisien, matières comme éthérées, matières molles comme les montres daliniennes, couleurs pâlies et soulevées par les algues discrètes et sombres, ces soupiraux ouverts sur les vagues, que j'avais eues aussi dans le sanctuaire d'El Bulli. C'est dit: grâce au chef du Oto-Oto, je comprenais concrètement le pourquoi de quelques influences asiatiques dans l'univers du chef catalan.
Je m'éloigne et je ne m'éloigne pas du sujet. Je suis même en plein dedans, car au fond rien de mieux que "le gai savoir", cet apprendre en se réjouissant et en se recréant au contact de l'Autre, comme en cette journée multiplicatrice de rencontres, femmes, hommes et jeunes gens de Hukuoka comme de Saint-Galmier. Quand le Fujiyama embrasse les Monts du Forez...
Pierre est le premier violon du Quatuor Ébène dont je vous parle parfois, et si j'ai pris goût à faire chanter la langue en écrivant des chansons, [oui, je poursuis ma diète, donc oui je m'affaire à écrire La traversée du dessert], c'est aussi parce que les draps du lit des compositions de Pierre sont frais comme un matin de campagne et sa fébrilité partagée, énergie qui fait au coeur et à l'âme comme des aiguillettes andines quand on passe un col à 5000 mètres fraîchement essoufflé. Mais il faudrait ici que je songe à me taire, car si je me lance dans ce qui est au final l'une des variations de l'amour, on n'est pas près d'en sortir.
C'est dit aussi: le mariage entre Pierre et Akiko a été gai comme un bon champagne et comme s'il n'y avait pas assez de motifs de gaieté, voilà que dans la rue du Sabot, nous en étions alors au premier saké, arrivait, descendu de chez lui à trois portes, Ivri Gitlis en personne, 87 ans depuis le 2 août. Ce surgissement depuis le plus complet des hasards a mis en transe la volière des jeunes gens, et la mariée avait opportunément conservé une de ses larmes de la mairie, se rappelant, elle la brillante pianiste, avoir joué il y a peu avec ce violoniste de tous les âges, passionné. On le voyait fréquemment chez Chancel dans Le Grande échiquier, quant à son apparition dans L'Histoire d'Adèle H. de Truffaut, je me la garde... Gitlis joue encore. J'ai pensé au passage que tous ces jeunes gens ne savaient pas à quel point la musique classique lui est redevable pour sa diffusion dans notre pays.
Vous avez compris que quand on aime on ne compte pas. Et c'était le cas vendredi. Rien qu'à penser au sifflement raffiné, japonais en somme, que produit l'eau qui frissonne, j'ai pensé qu'il fallait apporter à Akiko et à Pierre la bouilloire oisillon bleu siffleur de Michaël Graves, et qu'il fallait aussi leur composer un petit compliment dans le soir germanopratin...
Sur ce je vous embrasse.

À Barcelone
Sûr qu’on dirait Pedro
À Saint-Étienne
Peut-êt’ ben qu’on dit Pierrot
Mais à Kyoto,
Comme à Paname,
On ne connaît qu’un’ dame,
Akiko,
A-ki-Akiko.

Les mains dans le halo
Au noir du piano
C’est Akiko diafemme,
Sur les galets diaphanes
Des palais de Kyoto
Akiko,
A-ki-Akiko.

À qui qu’elle cause?
Oh comme il ose !
Viens donc que l’on s’accorde
Qu’a dit l’ joueur de cordes
Akiko a rosi
Les ouis de la Mairie
Et les sourires en si
Ah quel référendame !
D’Italie à Wagram
Depuis on la réclame
Akiko,
A-ki, Akiko

L’a presqu’ pas b’soin de nom
Cinq lettres et elle s’habille
D’Italie à Bastille
L’air court dans son flacon
Akiko,
A-ki-Akiko.
Que d’A, que d’I, que d’O
Mais rien ne sonne faux

À Barcelone
Sûr qu’on dirait Pedro
À Saint-Étienne
Peut-ê’ ben qu’on dit Pierrot
Mais à Paris,
C’est Pierre qui le dit
Ai vu une colombe
Et ai suivi son ombre
M’a enlevé par ipon
C’est ma fleur du Japon
Don’t forget les trois notes
Qu’j’ai trouvé dans ma hôte
A-ki-ko
A-ki, Akiko.

mercredi 12 août 2009

Avec la radio on ne peut pas revenir en arrière



Bonjour à toutes et à tous,
On n'entre pas comme ça à la Maison de Radio France! Même en plein mois d'août, les vigiles montent la garde. Soit vous pénétrez dans "le camembert" blanc du bord de Seine et, badgé, vous suivez votre guide sans le lâcher jusqu'au studio où vous est proposée une conversation le plus souvent confiante; soit vous rendez visite à un ami de l'intérieur qui vient vous prendre par la main, plus besoin de badge, à la porte A ou B, ou C du grand fromage qu'en ce moment des légions d'ouvriers désamiantent.
En mai, je m'étais trouvé dans le premier cas de figure, terminant au studio 117 ma progression dans l'incompréhensible dédale pour une émission de Mariannick Bellot sur l'exil dans le cadre de Surpris par la nuit sur France Culture. Hier après-midi, je me trouvais dans l'autre situation: Michel est venu me chercher porte B, nous avons sillonné le toujours incompréhensible dédale jusqu'au studio...117 ! Comme quoi, je le pense très fort, c'est le hasard qui nous conduit quand nous le provoquons, souvent sans le savoir. Les chaises que nous occupions en mai étaient posées sur la table le cul en l'air. Le repos qui envahit Paris en août s'infiltre jusqu'au coeur même du dédale.
Michel était en train d'achever de mixer une émission sur le thème du safari, qu'on entendra bientôt sur France Culture. Cela veut dire qu'il transforme en matière sonore captivante les sons sélectionnés à partir d'un scénario par une réalisatrice ou par un réalisateur. Dans le studio, des gorilles poussaient des petits cris... Ainsi, l'art de Michel, enchanter le fond par la forme, revient à détourner délicatement l'auditeur de son activité du moment, à lui faire couper le filet d'eau en train de couler sur la salade, ou bien à lui faire taire le chien. On ne soupçonne pas de combien de nuances est empreint ce métier de transformateur: la création appareillée à la technique, il faut voir sur quels ordinateurs Michel exerce sa virtuosité! Au demeurant, je ne sais plus quel pionnier de la t.s.f. expliquait un jour qu'avec la radio on ne peut jamais revenir en arrière, au contraire du livre et du journal [aujourd'hui cependant existe la technique du podcast]. Cette réflexion est tout sauf banale, mais ce n'est pas l'endroit pour dire ce qu'elle inspire.
Michel m'a montré le placard qu'il fermera définitivement à la fin de l'année. Quarante années de chasseur de sons et de compositeur sonore. Il contient des bandes d'avant l'apparition du numérique, enregistrements réalisés au micro du fameux Nagra, la Rolls indestructible des magnétophones, dont le poids fabriquait, à force, des dévissages du dos. Sur les tranches des boîtes orangées, tout un inventaire à la Prévert, apparemment sans le raton laveur: poulailler, oiseaux, mouches, trains de nuit, vent, eau, péniches, rires, femme, Strasbourg, train vapeur, galets, gare de Lyon, balles vibrantes, taxi, Arctique, verrous, Vincennes, Finlande, etc. Alors, nous avons écouté des grincements d'essieux, le souffle d'une locomotive dans la forêt de Lahti, et je me suis souvenu débarquant dans cette gare, en février, à dix heures du soir, le froid suspendu à tout, même à la nuit noire finlandaise.
Michel, je peux dire son nom puisqu'on l'entend à l'antenne de France Inter et de France Culture, c'est Michel Creis qui avait mis en sons l'exposition sur une rue de La Havane que j'avais initiée pour la Fête de l'Humanité et une série de mairies avec Jean-Robert Franco, André Lejarre, photographes, et avec Alex Jordan, le Berlinois graphiste de Grapus (le groupe qui avait inventé notamment la signalétique de La Villette). Comme quoi, le passé n'est jamais passé: avec de tels amis, les queues de la comète s'étirent, s'étirent, et réenchantent le présent déjà vieux au moment de naître.
Avant de vous quitter, je dois vous dire que nous sommes montés au dernier étage de la Maison de Radio France. De là, on embrasse Paris par toutes les lèvres. Au bout de mon Linux, j'ai saisi la Tour Eiffel, me souvenant soudain de mon premier voyage à Paris, et de la reproduction de la Tour en mauvais métal que nous avions alors ramenée. On vend encore les mêmes à l'entrée des Tuileries...
L'oisiveté, c'est la sieste + l'or des pensées.
À bientôt.
PS1: tâchez d'écouter Brigitte Fontaine chanter Comme à la radio...
PS2: ci-après une toute petite carte d'avant-hier...


5 bis rue de Verneuil



De passage dans le Quartier Latin, arrêt devant le 5 bis de la rue de Verneuil, désert complet. Sur le mur de l'ancienne maison de Gainsbourg, la légende continue de s'écrire depuis le 2 mars 1991. Alors un bout de chanson...

Le Poinçonneur des Lilas
J'suis l'poinçonneur des Lilas
Le gars qu'on croise et qu'on n' regarde pas
Y a pas d'soleil sous la terre
Drôle de croisière
Pour tuer l'ennui j'ai dans ma veste
Les extraits du Reader Digest
Et dans c'bouquin y a écrit
Que des gars s'la coulent douce à Miami
Pendant c'temps que je fais l'zouave
Au fond d'la cave
Paraît qu'y a pas d'sot métier
Moi j'fais des trous dans des billets

samedi 8 août 2009

Adieu Champ Contier


Ce n'est plus qu'un point perché de l'autre côté de la vallée des gorges... Adieu Champ Comptier (voir les cartes précédentes).
À Gap, j'ai songé au Tour de France; au col Bayard, au ski de fond; à Laffrey, au retour d'exil de Napoléon; à Grenoble, à rien; à Lyon, à Guignol; à Mâcon, au vin; à Beaune, aux Hospices; à Porte d'Italie, aux anges de la Porte d'Orléans; boulevard de l'Hôpital, au jardin du Palais-Royal; au 119 du boulevard de l'hôpital, aux silences d'août dans les étages parisiens.
Michel est passé en sortant de son studio de la Maison de Radio France. Il cherche LE son qui dirait immédiatement Paris à l'oreille. Je lui ai suggéré le marché de la rue Mouffetard, le samedi matin.
Je serai à La Mouffe dans un petit quart d'heure, et je songe que les cris et les abricots roulent dans la pente jusqu'au replat de l'église Saint-Médard.


mardi 4 août 2009

Je me dépense sans Contier


Bonjour,
Le jeu de mots est le salut de l'homme. Merci à Christian pour celui qu'il me fait parvenir. Effectivement, je me dépense sans Contier! Que j'explique tout de même, toujours depuis le piton de Champ Contier, que Christian est un journaliste chasseur: il a donc l'esprit en alerte vingt-cinq heures sur vingt-quatre, et, depuis sa base de Carnon, rien ne lui échappe de ce qui se passe sur la zone de l'arc méditerranéen qu'il couvre; celle qui va de Nîmes jusqu'au Perthus.
Me voici tout juste rentré, sans avoir compté mes pas dans la côte. Au fait, j'aimerais que l'un d'entre vous sorte de sa torpeur, s'il est en vacances, ou bien se distraie de sa tâche, s'il est en plein labeur, afin de me renseigner sur deux points: 1. je viens de parcourir 4,4 kilomètres en 1 heure et 2 minutes, j'aimerais donc connaître ma moyenne horaire; 2. sachant que je suis de petite taille, 1.64, à combien de centimètres peut-on évaluer chacun de mes pas dans une pente d'une moyenne de 15%, et par conséquent combien de pas ai-je bien pu accomplir ce matin.
Vous allez penser que l'oisiveté amollit mes capacités de calcul. Probablement. Cependant, en relisant Montaigne, Les Essais, Livre I, chapitre 8, De l'oisiveté, on comprend combien l'oisiveté apparemment stérile peut se révéler fertile. Dans la côte, je n'ai cessé de penser: à la fillette disparue dans la Durance, je sais maintenant qu'elle se prénomme Anissa; à ce refrain pondu l'autre jour (Gambettes nues, jupettes claires/Les filles thé vert boivent à la paille/Leur automne time, leurs quarante ans) auquel j'ai rajouté deux vers dans un virage (Et j'suis gourmand d'une de ces filles/La fille châtaigne aux tennis blancs). Comme on est: je venais de couper une touffe de serpolet, et le blanc tendre de ses fleurs... Les idées viennent en marchant. Je revendique la primauté de cette formule dans un article paru sous ce titre dans Le Monde en 1983. Je ne vous raconterai évidemment pas tout ce qui m'est passé par la tête, mais au panneau marquant une interdiction de rouler au-delà des trente kilomètres/heure, je me suis promis, je ne sais pas pourquoi, de vous envoyer une carte depuis Embrun où nous allons faire marché demain, et elle portera pour titre Embrun en blond. Vous êtes prévenus. Faire danser la langue: je crois que l'expression est de Nougaro. Le préféré de mes jeux de mots? Allo Platt!, titre d'un entretien dans L'Équipe avec Robert Platt, un entraîneur de l'équipe de France de canoë-kayak que j'avais eu au téléphone.
Michel m'avait conduit avant huit heures dans la vallée, au Lauzet. Il partait une nouvelle fois pour l'Argentière à cause du drame. Depuis le début du séjour chez M§M, nous n'avions pas ouvert la tévé. Mais en raison des événements... Michel m'a demandé quelques conseils pour affronter les medias, Michelle attend en ce moment son retour, elle hoche la tête au-dessus d'un journal sur la terrasse. Elle me demande pour la cuisson de la brioche. Chez M§M, c'est 5 étoiles! Je viens de poser le point sur l'écran et j'entends "Oh, le ciel, il est bleu..." Il l'était déjà dans ma montée de côte. En voyant l'univers diviser la vallée en deux nappes, l'une ombrée, l'autre ensoleillée, on comprenait mieux la nature des jolis mots que sont l'ubac" et l'adret. En écoutant les préoccupations de Michel au-dessus des toitures grises du Lauzet, je me suis souvenu du temps des urgences de crise médiatique, par exemple un samedi matin au ministère des Finances à Bercy, dans un grand bureau clair au-dessus de la Seine: un homme, indécis, et moi, payé pour ne pas l'être. D'autres eaux... Le ministre Hirsch parle de multiplier les contrôles des activités aquatiques. Lui, on peut dire qu'il raconte sans compter des salades: avec quels moyens, quand l'État réduit les effectifs dans les directions départementales de Jeunesse et Sports?
Huit heures avaient enfin sonné à l'église du village et je me préparais à monter. Le petit lac de moraine rassemblait ses eaux vertes reposant sur le dernier frisson maintenu depuis l'aube. Au bar, deux bonshommes se tapaient une bière blonde. Huit cents mètres après le pont romain sur l'Ubaye, c'était un chien noir et la courtoisie de ses propriétaires l'attachant à mon passage. Plus haut, c'étaient les premières tiges jaunes surgies des cailloux, les "cierges de Notre-Dame" postés au garde-à-vous. Encore plus haut, c'était des érables ne songeant pas encore à rougir, il sera temps en automne. Dans le dernier virage, c'était la voiturette de La Poste sous sa peau jaune maïs, alors que je pensais à Devos sur la scène du Théâtre de la Ville: "Mon pied gauche avance, mon pied droit le dépasse, mon pied gauche ne veut pas s'en laisser compter, il repasse devant, et moi, comme un imbécile, je marche!"