mercredi 30 décembre 2009
Le club de la Guierle
vendredi 25 décembre 2009
La mémoire des pulls
jeudi 17 décembre 2009
Mes meilleurs voeux

mercredi 16 décembre 2009
Foot, baby-foot, Podalydès et vrai chagrin
dimanche 13 décembre 2009
À la porte du temps
mardi 8 décembre 2009
J'avais oublié une carte au fond de mon sac
Bonjour,
Décembre ne parvient pas à perdre ses couleurs de septembre, les écharpes sortent et retournent à leur tiroir, sur le front de plage on voyait ce matin quelques hommes le torse nu, et le nez en antenne vers le soleil pas encore blafard, on dira tendre. Hier soir, en rentrant de La Barceloneta, j'avais croisé sur la promenade du Port Olympique un jogger agitant ses grelots. L'Espagne est à ce point moderne qu'au nom de la liberté individuelle, la Constitution permet à quiconque, depuis 1996 je crois, de se promener à poil dans l'espace public (rues, places, parcs et jardins) à la condition de ne pas se montrer obscène. Et tout ça sous le règne des crucifix dans les salles de classe! Observée d'un certain point de vue, l'Espagne est rigolote. Il n'y a plus de quoi monter des opérettes genre années soixante (Luis Mariano + Carmen Sevilla + le Guardia civil + le prêtre en soutane + la Seat 600), mais... Je signale au passage qu'en se rendant sur le site de la Bibliothèque Universitaire d'Angers, on peut voir une sélection de photographies de Julien Gracq prises en Espagne en 1960: l'une d'elles (la place + la jeune fille + le mulet + la bagnole du cacique) pourrait former le coeur d'un film d'époque. Ce n'est pas tout, mais aujourd'hui est jour férié, on fête l'Immaculée Conception, dite aussi La Puríssima.
En rentrant, après avoir croisé les premiers promeneurs sur la Rambla, j'ai trouvé au fond de mon sac une carte postale que j'avais oubliée. En regardant l'image, je me suis souvenu que durant mon dernier séjour à Paris, novembre ressemblait à novembre. En retournant la carte, on lit ceci, qui éloigne de La Puríssima, du jogger aux grelots et du crucifix :
Bonjour,
Je vous écris depuis le trottoir du 119 du boulevard de l'Hôpital, dans le treizième. Dans mon dos, la porte du boulanger encore fermée (champion de France de la baguette 2007, un panneau le proclame), quelques ombres timides au comptoir de L'Alliance (un café d'Algériens), un néon rose sous des fanfreluches (la vitrine de la sex-shop), un néon vert (la pharmacie), ma porte. Il pleut. On voit passer le "67" en direction de la place d'Italie (on imagine à bord, calés, des chagrins et des repos de femmes de ménage en fin de service). Les dernières pesanteurs de la nuit sont nettement moins belles que les premières lueurs du jour quand on débarque indécis de l'insomnie insolite. Indécis comme ces lisières sur lesquelles il pleut encore. Comme pour offrir une alternative à la sombre poésie du trottoir quitté il y a quelques minutes, je pense à Germaine depuis mon quatrième.
En quelle tombe reposes-tu aujourd'hui, ma Germaine de la rue des Dames ? Sur ton trottoir du dix-septième arrondissement, prés de la façade froide de la mairie, tu déclarais sans peine tes quatre-vingt-dix ans. Tu tenais la dernière guérite parisienne de la Loterie Nationale. À la tombée des jours d’hiver, quatre ampoules en désordre éclairaient un curieux toupet au sommet de ton crâne… Un jour, tu avais râlé fort devant moi qui ne demandais rien : « J'ai commencé en 1957 en vendant des "Gueules Cassées" et maint’nant on m’demande des "Morpions" ! Alors, j’réponds qu’j’en ai pas! » J’avais bien ri, mais toi pas.
La pluie continue de tambouriner sur la peau en ciment de la cour. À L'Alliance, le percolateur a dû déjà siffler huit ou dix fois, et j'imagine qu'une Juliette est entrée, qui ressemble à celle qu'on croisait tout de vrai parler fort dans le bar de la rue Galvani. J'entends encore cette héritière de l'humeur des faubourgs exaltée par les rosés piquants: « T’as vu l’article dans l’Parisien ? En rentrant bourré chez lui, un mec s’est fait arracher l’nez par son chien! René, moi je t'dis que les chiens, ça aime pas l’alcool ! Et moi, j’le sais. Tu vois, l’aut’soir, quand j’suis rentrée chez moi avec un bon coup dans le pif, eh bien Poupette, rien qu’en sentant mon haleine, elle a aboyé. Et pis, tout de suite après, elle s’est cassée sous l'pieu."
C'est comme si je vous écrivais de derrière la porte de mes souvenirs parisiens, et c'est comme un remède à la pluie, tandis qu'une heure en pousse une autre au 119 du boulevard de l'Hôpital sous la poisse de novembre.
À bientôt.
vendredi 23 octobre 2009
Antonio et Jean
Chers toutes et tous,
Pendant que l'Espagne, Catalogne comprise, soulève les affaires de corruption dans une atmosphère mi-délétère mi-accablée (par où commencer?, dilemme que j’imagine chez tout correspondant de la presse étrangère installé à Madrid), que l'économie souterraine permet de traverser la crise (elle représentera 19,5% du PIB en 2009!), et que les voleurs à la tire poursuivent leur activité grâce à un Code Pénal permissif (80 000 vols à la tire enregistrés par l'administration judiciaire de Barcelone en douze mois!) le vent souffle tous les deux matins sur la terrasse.
Suroît, mistral, tramontane, autan, etc., tout y passe. Octobre et bientôt novembre leur consacrent chaque année tout un Salon d'automne, et si les humains et les arbres le visitent par obligation, — comme le toupet des palmiers en rabat en ce moment! —, j'en connais quelques-uns planqués dans leurs abris: mouettes et perroquets.
Tiens, hier, entre chien et loup, j'ai vu pour la première fois dans la cour une chauve-souris en plein championnat de voltige aérienne. Antonio, le voisin, observait du balcon d'à-côté cette folle furieuse. Originaire du Mijares, une région perchée entre Pays valencien et Aragon, tout de montées et de descentes, tout de mares à grenouilles et de croix de bois, Antonio, qui a conservé de son ancien statut de paysan tout un dictionnaire des sciences et de la vie de la terre, m'a donc expliqué comment vivait cette voisine si agitée dans une encoignure du bâtiment de droite. Je savais qu'en castillan on dit un "murciélago", mais j'ignorais qu'en catalan ce fusse une "rata penata". Si l'on traduit mot à mot, c'est donc un "rat pénible"!
Antonio me rappelle indéfectiblement Jean, mon ancien voisin, mon ami Jean, l'ancien maire de Saint-Maurice, village d'Auvergne blond comme la paille des blés coupés aux ados des puys dont les routes saluent toujours sa 2CV bleue. Antonio et Jean pourraient adhérer à une Internationale des ouvriers-paysans. Leur blouse est faite d'un tergal aux fils secs si ressemblants. Leur main, c'est-à-dire l'agent sûr de leur âme, soulève un triptyque précisément identique: les deux frôlent les quatre-vingts ans, les deux sont les puits de mémoire d'un terroir confetti, et devant leurs outils bien rangés, les deux libèrent l'idée du travail qu'il faut accomplir sans déroger. Et puis, c'est fou comme le matin leur va mieux que le soir!
Jean a des mains de vendanges et Antonio des mains d'orge. De Jean, il me reste dans un tiroir un petit film que j'avais tourné et monté, La Vigne de Jean, et au cours de ce tournage d'un jour, j'avais appris plus qu'en vingt ans de cérémonials parisiens. Dans quelques jours, je le saluerai. Je lui demanderai s'il continue à inscrire la couleur du temps sur un agenda, chaque jour à sept heures sur la petite table en bois du cuvage où traîne toujours un couteau éraflé, pendant que dort encore Yvette. Sur l'établi de l'atelier d'Antonio, il y a toujours une petite balle dure qu'il vient de fabriquer, de celles utilisées dans le jeu de pelote à la main, un sport qui n'est pas accordé uniquement au Pays basque. C'est vrai, Pepita et lui partaient hier à la chorale. Ils doivent chanter prochainement, et c'est une grande fierté qui les mobilise, à Montserrat, le sanctuaire de la Catalogne, que dis-je!, le Fujiyama des Catalans, cette montagne religieuse où, chaque midi, des voix de la plus célèbre manécanterie du monde s'élèvent les gloires du Virolai.
Il est bon de sentir la présence d’Antonio et Jean dans sa parentèle. Ils me donnent de l'affection. Qu'elle provienne originellement d'un apitoiement au premier constat qu'ils établirent instantanément, et les deux avec le même amusement discret, de ma paralysie à l'idée même de changer un plomb, me réjouit infiniment. Ils eurent chacun le même et élégant "on ne peut pas tout savoir faire"! Voilà, c'est deux petites histoires qui se rejoignent en une seule. Je ne fais que les esquisser. Ce qui les chaperonne est la juste modestie dans le sang de ces hommes.
Et dire que je voulais vous parler du vent qui a balayé hier soir la terrasse. Ca (pas moyen de mettre la cédille!) m'a secoué quelques minutes. Il a fallu relever le néflier et le pin, deux cadeaux de Biel, mon regretté cousin, se méfier des piquants d'un cactus lui aussi à terre, et arranger l'olivier que m'a offert l'oncle Albert des terres ocres. J'ai regardé la terrasse d'Antonio. Rien n'avait bougé. Lui sait vraiment ce que c'est que le vent de terre comme de mer. Son jardin est ficelé de partout, tout un réseau de fils noirs. Devant le pot cassé, je me rappelle le magnifique film de Joris Ivens sur le vent, la burle sur l'Aubrac, le blizzard de Léningrad, et j'écris des cartes postales. Je broie du blanc.
À bientôt.
PS: au moment d'expédier cette carte, un grand coup de balai a redonné au ciel le goût du grand azur, et sur la mer les voiliers couleur fraise de la base-école ballottent tranquillement. Au sujet des vols en plein jour dans la rue, on indique aujourd'hui dans El Periódico: à eux seuls, en douze mois, 17 individus ont été arrêtés 437 fois, parmi eux, 3 cumulent 183 arrestations!
vendredi 16 octobre 2009
Cassures...
lundi 12 octobre 2009
Sur la grève
vendredi 2 octobre 2009
Lune pleine
lundi 21 septembre 2009
Massif et central
Chers toutes et tous,
dimanche 13 septembre 2009
Le perroquet du 36

vendredi 4 septembre 2009
Tachycardie barcelonaise
lundi 31 août 2009
Sur le sol de La Conca
lundi 24 août 2009
Chaise longue et réverbérations
Sable breton
Chers toutes, chers tous,
Ici, il est préférable d’aimer les crêpes, l’odeur des algues, le va-et-vient des marées et les pulls à rayures... J’ai pris le petit escalier de Port-Haliguen qui mène à une crêperie de fond de ruelle, à laquelle il ne manque même pas le vélo bleu contre le fourré d’hortensias roses. J’ai laissé les bateaux dans la boue brune d’une marée basse, couchés sur une oreille. Sur un quai de granit, sous une sirène en bronze, toute une nostalgie de cordages et de filets retient le jour au mitan. J’ai pensé aux cours d’aquarelle d’Ester, au premier étage de la rue Girona, il aurait fallu tirer les pinceaux du sac...
[Je venais de tomber, juste sous l’escalier, sur une empreinte de l’Histoire, une plaque déposée par la Ligue des Droits de l’Homme en 1932 : « Ici est débarqué le Capitaine Dreyfus à son retour de l’Île du Diable, le 1er juillet 1899. » J’avais pris la photo, ma mémoire avait rassemblé tout ce qu’elle savait, j’avais songé très fort à Saïd, mon frère, mort dans le métro le 23 juin dernier, vingt jours après été élu trésorier de la LDH.]
... J’ai traversé la pièce plombée par l’ombre, nous sommes maintenant dans la cour de la crêperie de fond de ruelle, on regarde dans l’assiette d’en face une crêpe au caramel brun, on n’a pas d’intention, trop de beurre pour qui est civilisé à l’huile d’olive, on s’invente un bout de récit autour du visage de Dreyfus quand il pose le pied sur le quai graniteux, on ferme la parenthèse, la conversation est protégée par le ciel blanc gris, à la table voisine une grand’mère s’enquiert auprès de sa petite-fille de la vie qu’elle mène à Paris.
Paris, à 510 kilomètres : au cours du voyage, j’ai écouté à la radio Marguerite Duras. J’ai noté, tout en conduisant, cette phrase qui sort, on n’est pas sûr d’avoir bien retenu, de Moderato cantabile : « Les oiseaux s’aiguisent le bec contre les vents froids. » J’ai jalousé la perfection de la phrase. Une fillette disait très sérieusement d’une voix de fillette : « Les sorcières, on les voit dans les rêves, pas dans les rues. » J’avais trouvé beau l’entre sourire et rire de Duras qui alors avait jailli.
Je vous écris de Quiberon, au-dessus de la plage des pas marqués dans le sable, je lui vois la peau, elle a le grain des dos offerts et transis par les frissons. À la terrasse, un garçonnet ajuste ses lunettes rouges au-dessus d’un cahier de devoirs de vacances, la maman se penche, elle adoucit la réponse que cherche l’enfant ; le papa est comme le paysage, abandonné à une demi léthargie. Au loin, Belle-Île... Autour, sur les croupes des landes, les maisons et leur double coloration d’hirondelle... Et tous ces horizons de mer abandonnée en ce moment à des palpitations tranquilles : deux journées ici, et pas un soupçon de tempête.La Bretagne n’a pas été inventée par les Bretons uniquement pour lancer des pincées de sel et de beurre vers la France. Elle prodigue aussi la mélancolie et une façon de se serrer contre le monde quand le soir tombe sur les lichens. Je lis que dans Totalité et infini, Levinas consacre des pages à la caresse. Il écrit que la caresse « marche à l’invisible », qu’elle « fait naître un monde intermédiaire, où chacun, à la fois touchant et touché, n’est plus exactement soi-même, sans pour autant être devenu autre. » La Bretagne appartient à cet intermédiaire.
Salut, je file vers le Gers.